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Lorsqu'on évoque "univers post-apocalyptique", on pense tout de suite à Fallout 3, mais lorsqu'on ajoute que ça se déroule dans un pays de l'Est, il nous vient de suite à l'esprit S.T.A.L.K.E.R. Et justement, les petits gars de 4A Games (dont c'est le premier jeu) sont des anciens de GSC Game World, le développeur de ce dernier. Du coup on y retrouve quelques similitudes, un peu la même réalisation et les mêmes écueils. Il faut dire que Metro 2033 est un jeu assez atypique, cependant si le mélange est savoureux, il aurait pu être bien meilleur si seulement le titre avait été peaufiné. Basé sur le livre éponyme de Dmitry Glukhovsky, le joueur incarne Artyom, survivant Russe d'une catastrophe nucléaire qui a dévasté le monde. Adulé par certains testeurs, comme étant le gros FPS du début 2010 (en un sens, c'est pas faux), d'autres ont été plus contenus car s'il reste sympa en soi, ce jeu n'a rien d'un mega-hit. Ceci dit son ambiance unique et anxiogène fait de lui un titre à part...

Comme énoncé, 
Le scénario n'est pas super développé mais il suffit à nous entrainer dans cette guerre souterraine on joue Artyum (c'est un nom ça ?), un simple soldat qui a tendance au mutisme, façon Gordon Freeman. Le monde a été dévasté par un holocauste nucléaire, donc par la folie des hommes. Désormais terrés comme des rats dans les souterrains du métro moscovite, les survivants essaient de reconstruire leur vie mais très vite, un nouveau mal va s'abattre sur eux : les Novalis. Sorte de mutants formés par les radiations, ces bestioles dégénérées et hyper agressives attaquent les camps sans relâche et percent bien souvent les lignes alliées pour décimer les populations. Et au lieu de se fédérer, de s'unir contre l'ennemi commun, il subsiste encore des factions qui prônent une illusoire idéologie. Ce que les humains peuvent être cons quand ils s'y mettent... De son côté, Artyum aura pour mission de se rendre à Polis, une station très éloignée de la sienne. Pour y arriver, il devra traverser les pires coins de la ville de Moscou, aller dehors (ce qui est peu conseillé étant donné le niveau de contamination de l'air) et contourner autant que possible les factions ennemies. Pour ce qui est de la mise en scène, le résultat est assez propre. L'intro (une vidéo retravaillée) nous pose le postulat de départ avec beaucoup de maitrise et met de suite dans l'ambiance. Puis en jeu on aura surtout des cut-scènes en vue à la première personne. Contrairement à S.T.A.L.K.E.R, le scénario se développe de façon régulière (et non pas par bribes) et on peut toujours glaner quelques infos de plus en parlant aux personnes qu'on croise ou en lisant des documents. Pour finir d'entériner ce bon départ, Artyum lui-même sert de voix-off lors des loadings. S'il anticipe un peu ce qui se passe dans le niveau suivant, il a également le bon gout de résumer la situation (pratique si les parties sont espacées). Il faut dire qu'après les ciels violacés du jeu de GSC Game World, les couloirs sombres et crasseux de Metro 2033 changent radicalement la donne. Plutôt flippant par moment, en jouant sur notre peur du noir et de l'inconnu, le scénario va en plus chercher à s'étendre vers quelque chose de plus "spiritique" avec des flashes troublants, des voix venues de nulle part et une nouvelle espèce qui essait d'entrer en contact (la fin est d'ailleurs sympa... saurez-vous comment avoir la "bonne" ?). Autant le dire, c'est vraiment pas mal.
Il y a quelques années, 
Le gameplay alterne des phases d'infiltration, de bastons brutes de décoffrage, d'exploration et crafting... le tout avec une ambiance unique et anxiogène sortir un FPS sans mode multi-joueurs, c'était à coup sûr se faire descendre en flammes auprès des médias. Mais depuis que Bioshock est sorti (il n'a pas de mode multi, lui non plus), il semblerait que la tendance se soit calmée et qu'un jeu puisse avoir quelques suffrages, même sans ça. Personnellement je ne joue pas aux modes multi, je trouve ça barbare et idiot. Par contre j'aime bien voir les réactions d'une presse prévisible et plus ou moins objective. Bref, Metro 2033 arrivera-t'il à nous faire oublier les merveilleux FPS parus depuis 2004 ? Je crains que non. Artyum est un simple homme, pas un super guerrier donc il ne pourra porter que 3 armes à feu, plus quelques babioles (couteau de lancé, batons de dynamite...). Dans ce jeu, les armes semblent être trafiquées artisanalement, ce qui donne encore plus l'aspect "débrouille" de ces communautés qui ont souffert de la guerre. Ces armes peuvent être échangées avec n'importe quelles autres trouvées sur un cadavre (cadavres qu'on croisera souvent et qu'il faudra bien fouiller pour les délester de leurs armes, items et munitions) ou simplement achetées au marché. La monnaie du jeu est assez originale puisque ce sont les balles de 5.45 neuves qui servent de liquidités. Ces balles (relativement précieuses) peuvent également servir de munitions (elles sont d'ailleurs plus puissantes que les autres) mais tirer avec son fric c'est pas marrant, mieux vaut donc les économiser. Au marché on pourra en toute simplicité s'acheter de nouvelles pétoires (sniper, pompe, mitrailleuse... avec ou sans gadget comme une lunette de visée ou une crosse anti-recul), discuter avec les gens, sentir le désespoir d'un peuple opprimé et inquiet des attaques de Novalis, et se payer des filtres de masques à gaz. Il fallait s'en douter, après un holocauste nucléaire, l'air n'est plus vraiment respirable dehors et Moscou compte beaucoup de zones irradiées à l'atmosphère nauséabonde. Comme les filtres sont tous à moitié vides, il faudra bien faire attention au temps. Pour ça il suffit de regarder sa montre et de changer de filtre lorsque celui-ci est fini, sans quoi c'est la suffocation.
Si le level-design 
C'est vraiment trop dur par endroit, cette difficulté en dents de scie nous gâche un peu le plaisir nous fait miroiter qu'on peut emprunter 2 chemins différents, finalement on se retrouve toujours là où le jeu veut nous emmener. En fait, le jeu est une succession de couloirs, alternée par des camps qui eux, permettent plus approches via plusieurs trajectoires imposant souvent une tactique très différente. Jouerez-vous les brutes à tirer sur tout ce qui bouge ? Ou au contraire, éteindrez-vous chaque source lumineuse pour mieux neutraliser discrétement chaque ennemi ? A vous de choisir... C'est là où Metro 2033 est radicalement opposé à S.T.A.L.K.E.R. Très sombre, l'ambiance y est plus flippante car le jeu a le bon gout de ménager des phases de suspens à celles d'action. Une action "à l'ancienne" (pas de position à couvert, utilisation de médikits) et un peu frustrante, il faut l'avouer. En effet le gros défaut du jeu est là : les ennemis sont trop rapides et surtout, trop résistants (même les humains). Résultat, c'est super hard par moment ! Pire encore, dans un jeu il n'y a rien qui me gonfle plus que de devoir recommencer parce qu'un allié est mort en chemin. C'est déjà pas facile de veiller sur ses miches, alors si en plus il faut surveiller celles du voisin, on n'est pas couchés ! Et aussi dingue que ça puisse paraitre, les ennemis jouissent d'un état de grâce. Par exemple lorsque l'ennemi se relève, vous pouvez vider un chargeur entier, ça ne lui fait rien. Bizarre hein ? Et bien c'est comme ça, si le script ne déclare pas l'ennemi "shootable", il est invincible. Et pour finir avec ça, certaines armes ont le mauvais gout de partir en sucette. En tirant à la mitrailleuse de façon continue, le tir s'évase et devient tellement imprécis que même à bout portant on ne touche plus son ennemi. Je veux bien qu'apporter un peu de réalisme soit une bonne chose, mais pas lorsque ça se fait au détriment du jeu lui-même. Pour finir sur une note moins sarcastique, on a un chargeur de batterie pour remonter la puissance de la lampe ou pour alimenter les lunettes de vision nocturne. Enfin, on a quelques QTEs simples pour par exemple se débarrasser d'un ennemi trop collant...
Metro 2033 est 
Pas encore une référence graphique, mais un très beau jeu, surtout niveau décors et effets l'un des premiers jeux à utiliser les fonctions avancées du nouveau DirectX 11 (à noter tout de même que c'est une aberration de langage puisqu'on devrait dire Direct3D 11 mais bon, c'est plus simple comme ça). Et il est vrai que le nouvel API de Microsoft, sorti tout de même en octobre 2009 (en même temps que Windows 7) a un peu de mal à faire son trou. Windows XP est tellement implanté, et DirectX 9 suffisant à la plupart des jeux, que les gros gamers ont encore un peu de mal à passer le cap. Ceci dit, et contrairement à des jeux tels que Just Cause 2, nous sommes en présence d'un titre qui joue sur tous les fronts puisqu'il est compatible DirectX 9, 10 et 11 ! Voilà une belle preuve que chez 4A Games, on n'a pas fait un jeu console pour ensuite l'adapter au PC (c'est en fait tout le contraire). Metro 2033 est donc parfait pour essayer la toute nouvelle carte nVidia, la GeForce GTX 480, d'autant qu'en accord avec le fondeur américain, le jeu utilise les fonctions avancées de PhysX. Comme d'habitude ça ne révolutionne pas l'aspect graphique, mais ça apporte un peu plus de réalisme. Fonctionnant sous 4A Engine, le moteur graphique a été développé pour le jeu et il ne servira à aucun autre.
Les ennemis mutants sont vraiment flippants. Affreux autant que possible, ils ont le bon gout de nous faire sursauter quelques fois, ce qui est très bon pour l'ambiance. Mais sur les modélisations humaines, aïe, ce n'est plus du même acabit. Et puis sans exception, toutes (et je dis bien toutes) les femmes sont moches ! Il n'y a que 2 ou 3 modèles féminins et elles sont littéralement affreuses. Utilisant le moteur facial FaceFX, officiant déjà sur Batman Arkham Asylum, le rendu n'est pas parfait : les teins sont cireux, les visages ne sont pas vraiment expressifs, même si on notera des faciès superbement détaillés (grain de peau). Mais l'autre problème, c'est qu'ils sont un peu tous pareils ! Comme pour les femmes, les modèles masculins sont en trop petit nombre, ce qui fait que d'un niveau à l'autre, on rencontre toujours les mêmes trognes et qu'on finit par confondre tout le monde (d'autant que le doublage n'aide pas, ce que j'explique au chapitre suivant). Pourtant je suis le premier à le dire, Metro 2033 est un superbe jeu. Si on excepte ses modélisations, les décors sont absolument fantastiques ! La qualité du design est énorme, les textures sont super chiadées, les éclairages sont parfaitement travaillés et les effets de fumées/brouillards sont plus vrais que nature. Un véritable travail d'artistes. Si on ajoute à ça des loadings particulièrement courts et qu'on fait volontairement abstraction du ridicule mouvement lorsqu'on court boussole à la main, on peut dire que le jeu a presque tout bon.
La première chose qui 
La qualité est là mais le doublage utilise trop les mêmes voix. Du coup on confond tout le mondesurprend dans ce jeu, c'est qu'il laisse le choix entre un doublage en français, en anglais ou en russe. Une belle surprise mais pour votre serviteur, qui ne jure que par sa langue natale, j'ai été étonné d'avoir un doublage plus que correct, surtout venant d'un studio ukrainien. Et oui on a tendance à l'oublier, à noter les bugs ou encore un phrasé pas toujours dans le ton, mais l'Ukraine est tout au bout de l'Europe, juste à côté de la Russie. Donc peut-on vraiment en vouloir à 4A Games (qui est en plus un tout jeune studio) de ne pas nous offrir un doublage français de meilleure qualité ? Ne croyez-vous pas qu'en premier lieu, on devrait les remercier pour (justement) ce doublage, alors qu'ils auraient très bien pu se contenter d'un anglais internationnal ? C'est une évidence. Dans le lot de doubleurs francophone on reconnaitra aisément quelques sommités : Cyrille Monge (il double Artyom, il sera également la voix de Joël dans Last of Us), José Luccioni (la voix française d'Al Pacino et de Marcus Fénix dans Gears of War), Jérôme Pauwels (le doubleur de Jon Bernthal et Jorge Garcia) mais aussi Jean-François Aupied, Hervé Caradec, Gilles Morvan et plus occasionnellement on reconnaitra les voix de Daniel Lafourcade, Thierry Kazazian, Emmanuel Gradi et David Kruger. Un casting assez inattendu et de qualité, pour un si jeune studio.
Cependant il y a un sérieux problème avec ce Metro 2033 : il y a trop peu de doubleurs alors qu'on croise énormément de monde durant cette aventure. Résultat, un même acteur va doubler des tas de personnages et avec ses modélisations clonées à l'infini, on a vraiment l'impression de croiser en permanence les mêmes types. C'est à tel point qu'on ne reconnaitra plus personne. D'ailleurs le mixage est catastrophique : il arrive souvent qu'on entende mieux un gars qui nous parle au loin, que celui qu'on a en face. Pire encore, les dialogues s'enchainent de façon imbécile, comme si le PNJ était pressé d'en finir. On a vraiment l'impression de dialoguer avec des pantins et c'est très frustrant. Après, comme dans tous FPS où on affronte un tas de mercenaires écervelés, on aura droit aux débilités habituelles et qui se répètent en boucle, jusqu'à ce qu'on descende le crétin qui hurle à tue-tête depuis un quart d'heure, histoire qu'on le repère plus facilement. Musicalement maintenant, c'est déjà d'un autre niveau. Les thèmes angoissants font bien leur office et dans les stations, on a quelques mélopées de guitare qui soulignent tout le désespoir que doit avoir une telle vie. Enfin les bruitages ne sont pas extrêmes, ils font leur job. Certaines armes sont plus puissantes que d'autres mais globalement, ça tient la route.
Vous avez dû le lire souvent : l'ombre de S.T.A.L.K.E.R plane irrémédiablement sur Metro 2033, même si son univers cherche à se débarrasser de sa principale source d'inspiration. Et c'est une vérité, le jeu de 4A Games inspiré des écrits de Dmitry Glukhovsky, est assez loin de la perfection, notamment parce que le jeu manque de "peaufinage" comme cette difficulté très en dents-de-scie qui accuse des pics très frustrants, des modélisations clonées à l'infini, ou ces mêmes voix usées jusqu'à la corde (en effet si le casting vocal est de qualité, le nombre de doubleurs étaient clairement trop faible par rapport à tous les personnages que nous croiserons). Et puis ne nous voilons pas la face, si bon soit-il, Metro 2033 ne tient pas la comparaison face à Call of Duty : Modern Warfare 2 ou Bioshock 2, qui sont nettement mieux maitrisés. Pourtant je ne peux pas m'empêcher d'avoir une certaine tendresse, une affection, presque un coup de coeur pour ce jeu. Il faut dire que si les visages (notamment féminins) sont affreux, les décors eux, sont magnifiques ! Les effets sont superbes et mieux encore, Metro 2033 jouit d'une ambiance anxiogène quasi palpable ! L'atmosphère est lourde, angoissante et le gameplay est bien plus riche qu'il ne le laisse penser au début, en alternant avec intelligence de l'infiltration, de l'action, de l'exploration et du crafting. Le titre de 4A Games ne sera donc pas la nouvelle référence en matière de FPS, mais il serait tout de même dommage de passer à côté. Avec son scénario original, son excellent gameplay et son ambiance nucléo-moscovite assez unique, vous passerez sûrement un excellent moment en sa compagnie...
