L'histoire de la Master System commence réellement en juillet 1983. Au Japon, et uniquement là-bas, SEGA lance la SG-1000 (une version allégée, spécialement dédiée aux jeux vidéo, du micro-ordinateur SC-3000), aussi connue sous le nom de SEGA Mark. Autrefois uniquement développeur de jeux d'Arcade, SEGA se lance donc sur le marché des consoles et déjà commence le clash avec Nintendo, puisque la SG-1000 / SEGA Mark sort le même jour que la Famicom (la NES japonaise). Malheureusement pour le constructeur, le succès n'est pas au rendez-vous et un an plus tard, un second modèle apparait, la SEGA Mark II.
La SEGA SG-1000

La SEGA SG-1000 II ou SEGA Mark II
En octobre 1985 (toujours au Japon), SEGA commercialise son ultime tentative de percer sur ce marché déjà dominé par Nintendo, en lançant la SEGA Mark III. Entièrement rétrocompatible avec les 2 précédentes itérations, cette fois la console présente en plus un port SEGA Card, pour des jeux non pas au format cartouche mais au format carte de crédit (NEC / Hudson s'en inspireront pour leur PC-Engine qui sortira 2 ans plus tard). Bien que très original, les SEGA Card (connues sous le nom de SEGA My Card au Japon) sont coûteuses à produire et très vite le constructeur se focalisera sur la production des jeux sous forme de cartouches.
La SEGA Mark III
Basé sur le design et l'Hardware de la Mark III, SEGA redessine sa console pour le marché occidental et la renomme au passage Master System. La console sort en septembre 1986 aux Etats-Unis et dès octobre 1986 en Allemagne. L'Espagne est servie en juin 1987, l'Angleterre en août 1987. La France, toujours aussi mal considérée à l'époque, n'aura sa console qu'en septembre 1987. Mais SEGA, comme tous les autres constructeurs, finira par comprendre que nous sommes un vrai "pays gamer" car il se vendra plus d'1,6 million de Master System, rien qu'en France, ce qui fait pas loin de 10% du parc mondial, alors que la France ne comptait que 55 millions d'habitants à l'époque. C'est plus qu'au Japon (1 million), ce qui placera la France et l'Europe (avec en tout près de 7 millions de consoles vendues) parmi les meilleurs clients de SEGA. Concrétement, en 1993 en Europe, c'est pas moins de 6 millions d'exemplaires de Master System qui sont écoulés, et plus de 5 millions de Mega Drive. Avec ses 2 consoles, SEGA domine (en termes de volume) une grande partie du marché vidéoludique européen.
Le premier modèle de Master System
Reprise de la SEGA Mark III, la Master System (officieusement appelée SEGA Mark IV) posséde 2 ports de jeux : un port cartouche classique et un port SEGA Card, afin d'assurer la rétro-compatibilité avec la gamme SEGA Mark. Côté Hardware, la Master System s'articule autour d'un microprocesseur central Zilog Z80A (qui sera fabriqué par NEC sous la dénomination D780C-1), un CPU 8-bits ultra populaire à l'époque, et qui est cadencé à 3,6 Mhz. Elle est doté d'une mémoire vive de 8 Ko et d'une mémoire vidéo de 16 Ko (soit 2 fois plus que la NES). La console dispose d'un port d'extension et de 2 ports de manettes, via les (tout aussi populaires) prises DB9, qu'on voyait déjà sur Atari 2600 et qui seront reprises sur Mega Drive.
Le générateur de son est un Texas Instruments SN76489A, capable de produire 3 signaux carrés et 1 canal de bruit. En revanche, la Sega Mark III utilise en plus une puce Yamaha YM2413 pour générer le son, par le biais de 9 sons multicanaux et 15 instruments synthétisés et préprogrammés, afin de rivaliser avec les ordinateurs personnels. Car la SEGA Mark III, en plus d'être une console, pouvait être transformée en véritable micro-ordinateur, ce que la Master System ne peut pas faire.
La carte mère de la Master System. Cliquez pour agrandir et obtenir plus de détails techniques
Etant donné que la croix directionnelle (conçue par Gunpei Yokoi pour Nintendo) fait l'objet d'un brevet, SEGA propose un BMD original mais pas très précis. De même, en vue de ne pas copier la manette de la NES, celle de la Master System ne propose ni bouton Select, ni bouton Start, ce qui a très vite manqué sur certains jeux. Pour mettre la pause, il fallait appuyer sur un bouton situé sur la console, ce qui était tout sauf pratique et pertinent.
En tant que console populaire, surtout en occident, la Master System héritera des conversions issues de l'Arcade, mais aussi de nombreux jeux venus de développeurs tiers, notamment américains, et ce malgré l'embargo imposé par Nintendo qui disait qu'un jeu sorti sur NES n'avait pas le droit d'être porté sur les autres consoles. Si les SEGA Card pouvaient contenir jusqu'à 256 Kb de données, les cartouches ont facilement pu monter jusqu'à 4 Mb. Bien que trop peu puissante pour offrir des conversions de qualité des hits de l'Arcade (tels que Altered Beast), la Master System a tout de même reçu quelques très gros jeux et même des portages d'excellente facture eu égard à ses performances limitées. Parmi eux on peut citer Wonder Boy II et III, Shinobi, Psycho Fox, Alex Kidd in Miracle World, Alien 3, la trilogie des Mickey "Illusion", Golden Axe Warrior ou encore R-TYPE. Mais son plus inestimable succès est sans conteste Sonic the Hedgehog, dont les 2 premiers volets sont les grands best-sellers de la machine.
Parmi les meilleurs jeux Master System (dans l'ordre) : Shinobi, Sonic, R-TYPE, Castle of Illusion, Wonder Boy III et Alien 3
A cette époque plusieurs accessoires ont eu un certain succès dont le fameux "Light Phaser" (un pistolet optique) pour jouer aux jeux de tir, des joystick Arcade ou encore une paire de lunettes 3D, baptisée SegaScope 3D. Ces lunettes utilisait un adaptateur qui s'enfichait dans le port SEGA Card (ce périphérique n'est donc pas compatible avec toutes les versions de la console). Les lunettes SegaScope 3D étaient à utiliser sur des jeux dédiés (tels que Space Harrier 3D) afin de visualiser le jeu en 3D stéréoscopique. Malheureusement seulement 8 jeux furent compatibles, à cause du prix de l'accessoire, du besoin de posséder une Master System de première génération et devoir racheter des jeux dédiés, qui sont souvent des adaptations de titres déjà sortis (comme Out Run 3D). Car oui, l'accessoire n'était pas compatible nativement avec tous les jeux, et c'était sans doute sa plus grande faiblesse.
Le Light Phaser

Le SegaScope 3D, des lunettes permettant de profiter de la 3D stéréoscopique sur certains jeux
En 1990, alors que la Mega Drive est déjà en rayons et que SEGA fait tout pour assurer son succès, le constructeur sort la Master System II, une console aux performances trictement identiques au premier modèle mais donc le design se rapproche de la SG-1000. On notera également que le port SEGA Card a été supprimé (les jeux de première génération sont donc inutilisables mais fort heureusement, ils restaient relativement rares) et que le bouton pause est toujours sur la console et non sur une potentielle révision de la manette. Cette version sera largement répandue en Europe, son coût de fabrication minimal la rendait très abordable, offrant à SEGA la possibilité de scindé sa clientèle en 2 : Master System en entrée de gamme et Mega Drive en haut de gamme. Sachez aussi que le jeu
Alex Kidd in Miracle World était inclus en ROM : si aucune cartouche n'était inserée, c'est celui-ci qui démarrait automatiquement. Voilà pourquoi ce jeu est considéré comme le plus vendu de la console...
La Master System II
Il faut savoir que la Master System a servi de base pour la conception de la Game Gear (d'ailleurs, avec un adaptateur, les jeux Master System fonctionnent très bien sur la console portable de la marque). Et en parlant d'adaptateur, il en existe également un pour Mega Drive (le Power Base Converter), SEGA ayant ingénieusement ré-utilisé une partie des puces de la Master System pour concevoir sa console 16-bits, assurant ainsi une rétrocompatibilité Hardware.
Un jeu au format SEGA Card

Une cartouche Master System et sa boite en plastique rigide
Enfin si la Master System aura toujours été seconde, loin derrière la NES (malgré des capacités graphiques bien supérieures), il faut savoir que c'est en Amérique du Sud, plus précisément au Brésil, qu'elle remporta un franc succès, alors qu'à la même époque la Mega Drive assurait déjà la succession au Japon et aux Etats-Unis. Bien que sortie sur le territoire en septembre 1989, cet engouement arriva à un tel point que Tec Toy (le principal éditeur tiers de SEGA dans ce pays), fabriquera une Master System III (aussi appelée Master System III Compact et arborant un Sonic en filigrane), au design similaire à la Master System II, mais avec la couleur grise qui caractérise certaines versions de la 2e édition. Spécialement dédiée au marché brésilien, Tec Toy développera même des jeux exclusifs à cette clientèle particulière.
Le Brésil (avec ses 150 millions d'habitants) aimait tant la console 8-bits de SEGA, qu'il s'en vendra près de 8 millions d'exemplaires, soit plus qu'en Europe (avec ses 720 millions d'habitants) alors que le score était déjà honorable. Ainsi, grâce au Brésil, la Master System est considérée comme la console ayant eu la plus grande longévité, avec une carrière s'étalant sur pas moins de 30 ans puisque Tec Toy a réédité plusieurs versions de la console, la dernière en date (2017) fêtant le trentenaire de la machine.
La Master System III, exclusive au marché brésilien
Cette première entrée de SEGA dans le concurrentiel monde des consoles est loin d'être un échec. Certes SEGA n'a pas vendu autant de console que Nintendo, mais pour un premier essai, 13 millions c'est déjà un joli score (ce chiffre montera petit à petit à 18 millions grâce au marché brésilien), d'autant qu'on parle d'une console des années '80. Elle aura eu pas mal de succès en occident, notamment en Europe. Malheureusement, à partir du moment où Nintendo a imposé sa domination (grâce au fait qu'à eux seuls ils ont sauvés le jeu vidéo du Krash de 1983), le jeu vidéo restera longtemps sous le joug japonais (plus ou moins jusqu'en 2006).
Ainsi une console qui n'a pas de succès sur le sol nippon, est souvent (à tort) mal jugée car au Japon la Master System ne s'est vendue qu'à hauteur de 1 milion d'exemplaires, ce qui est peu pour un sol natal. La Master System a été le support de 312 jeux dont 22 furent exclusif au Brésil. Un pays où la console aura duré encore de longues années, bien après que la Mega Drive ait tiré sa révérance dans le reste du monde...
Les caractéristiques techniques
Processeur principal :
Z80a
Développé par :
Zilog
Fabriqué :
NEC sous la dénomination D780C-1
Spécifications :
8-bits - cadencé à 3,54 Mhz
Processeur vidéo :
VDP TMS9918
Développé par :
Texas Instruments
Spécifications :
8-bits
Processeurs additionnels :
SN76489a - YM2413 (SEGA Mark III)
Développés par :
Texas Instruments - Yamaha
Spécifications :
DSP dédiés au son
RAM principale :
8 Ko
RAM vidéo :
16 Ko
Capacités graphiques :
16 couleurs affichables (32 par interpolation) sur une palette de 64 - 16 sprites affichables simultanément
Capacités sonores :
4 voix - son mono
Supports :
cartouche de 8 Mb max ou carte SEGA Card (uniquement compatible avec le premier modèle de la console)
Joueurs max :
2
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