EVO Search for Eden (SNES) -- GRAVITORBOX

 


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Développement scénaristique
Jouabilité & Gameplay
L'image
Le son
Note générale


Sortie du jeu : décembre 1992 au Japon / juillet 1993 aux Etats-Unis (jamais sorti en Europe)
Développeur : Almanic Corp.
Editeur : Enix
Genre : aventure / RPG

Version testée : US (traduite en français)
Doublage : -
Voix dans le jeu : -
Textes à l'écran : US (FR via un patch de traduction)

Support : cartouche de 12Mb
Difficulté :
Temps de jeu : 3 à 4 heures minimum
Multi-joueurs : non
Titre alternatif : 46 Okunen Monogatari : Harukanaru Eden he (JAP)
Prix au lancement : 450Frs (65€)









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E.V.O.

Search for Eden



Je ne vous ferai
EVO est le tout premier jeu d'Almanic Corp et sans doute leur plus grande réussite. A noter aussi que le jeu n'est jamais sorti en Europe
pas l'affront de vous faire l'historique complet d'Enix, studio nippon né en 1975, sinon y'en aurait pour des pages entières. On résumera très succinctement en disant qu'ils étaient avant tout connu pour être le numéro 2 du jRPG grâce à une série bien connue, Dragon Quest, juste derrière l'indécrottable Squaresoft (avec ses dizaines de licences dont la plus célèbre est bien entendu Final Fantasy). Si on se cantonne à la Super Nintendo, Enix a connu une période assez faste avec de bons titres tels que ActRaiser, Soul Blazer, Star Ocean, Illusion of Time et bien sûr les nombreux épisodes de Dragon Quest. En 2003, Enix fusionne avec son ennemi de toujours (Square), pour devenir le rouleau-compresseur du jRPG qu'on connait désormais sous le patronyme de Square Enix. Mais attention, contrairement à ce que les croyances populaires nous font penser, ce jeu n'a pas été développé par Enix. Non ici Enix n'est que l'éditeur, et EVO a été développé par Almanic Corporation. Ce très modeste studio est né à Tokyo (au Japon) en 1988, par d'anciens développeurs de Technos Japan et Enix (comme par hasard). En 1995, la société prendra le nom de Givro Corporation mais au total, seuls 12 jeux seront produits et le studio fermera ses portes en 1998. Personnellement, je connais Almanic / Givro pour son déplorable (bien que rigolo 5 minutes) Fighting Masters sur Mega Drive, et le non-moins mauvais Cosmic Carnage sur 32X. Autant vous le dire de suite, EVO est sans réfléchir l'un de leurs meilleurs jeux... Sorti en décembre 1992 au Japon, et seulement en juillet 1993 aux Etats-Unis (7 mois pour traduire des textes, sérieusement ?), à l'origine EVO est un jeu conçu pour PC-98 (à ne pas confondre avec un PC sous Windows 98, ça n'a rien à voir !) qui a vu le jour en août 1990. Cependant, pour sa sortie sur Super Famicom, il a été profondément modifié pour le rendre plus doux, plus attractif. Si EVO n'est pas connu chez nous c'est pour une raison simple : il n'a pas quitté le secteur NTSC, en somme il n'est sorti qu'aux Etats-Unis et au Japon, sans doute parce qu'il vise un public très ciblé. Il faut dire que les japonais, très sectaires sur le sujet, n'ont édité que peu de RPGs en Europe, sans doute parce qu'ils avaient la flemme de traduire leurs jeux en plusieurs langues et ce, jusqu'à la sortie de Final Fantasy VII sur PlayStation et ce succès planétaire qui leur a (enfin !) ouvert les yeux. Au Japon, le jeu porte le nom de 46 Okunen Monogatari : Harukanaru Eden he, ce qui se traduit par : 4,6 milliards d'années d'histoire - La théorie de l'évolution.




Voilà à quoi ressemblait 46 Okunen Monogatari : The Shinka Ron sur NEC PC-98



L'Origine des espèces


Et en effet,
L'histoire a beau être simplifiée, ça ne l'empêche pas d'être assez passionnante
EVO : Search for Eden (son titre occidental) nous propose de vivre une partie de l'évolution des espèces, selon le prisme du jeu vidéo (avec donc quelques raccourcis, des coupes historiques et un gameplay adapté... il faut que ça reste un jeu "amusant" sinon autant ressortir sa vieille Encyclopédie Universalis). EVO est un jeu très original qui tente une étonnante conciliation entre un évolutionnisme scientifique, une téléologie divine (l'évolution est dirigée comme dans la théorie du dessein intelligent qui mène l'homme à l'Eden, soit au début de la Bible) et certaines idées New Age. Un tel contenu philosophique dans un jeu vidéo était à l'époque extrêmement rare, et pas sûr qu'il trouve son équivalent, même aujourd'hui. L'histoire nous raconte que Gaïa, fille du soleil, va nous montrer le chemin de l'évolution selon plusieurs âges. Ainsi l'aventure se découpe en 5 principaux chapitres. Chapitre 1, sous la forme d'un poisson (500 à 450 Millions d'années avant Jésus Christ) il faudra évoluer pour devenir plus fort, et atteindre l'ère de la grande oxygénation (initiée par les éruptions volcaniques sous-marines), qui permettra alors aux poissons d'évoluer vers les amphibiens. Chapitre 2, c'est l'ère des amphibiens et des insectes (300 à 230 Millions d'années av. J.C.), qui propose aussi bien des formes terrestres qu'aquatiques, qui devront évoluer vers les reptiles. Chapitre 3, c'est l'ère des reptiles, puis des dinosaures jusqu'à leur extinction (200 Millions à 65 Millions d'années av. J.C.). Nous on s'en sortira en évoluant en oiseau. Vient ensuite le chapitre 4 et l'âge de glace, à savoir des premiers mammifères, du plus petit (comme les mangoustes) à d'autres bien plus imposants, comme les mammouths (65 Millions à 36 Millions d'années av. J.C.). Enfin, le dernier chapitre n'est autre que l'évolution vers les Hominidés (la race humaine, prétendument descendue du singe), il y a 26 à 3 Millions d'années (av. J.C.), jusqu'à ce qu'on trouve l'Eden...



 

Les écrans titres américain et japonais



Darwin serait si fier de toi...


Bien entendu,
L'exploration sera très mise en avant et c'est tant mieux tant les niveaux sont parfois hypnotisants
le jeu survole un peu les stades de l'évolution, mais certains faits sont bien mis en avant comme la grande oxygénation, l'extinction des dinosaures ou encore le "nouveau départ" que représente l'ère glacière (Scrat si tu m'entends ^.^). Bien entendu comme Enix est spécialisé dans les RPGs, il faut bien se douter que nous sommes en présence d'un jeu d'aventure très orienté vers le jeu de rôle, avec ce que ça comporte de textes à lire. Heureusement pour nous, la version US est relativement accessible (avec des mots pas trop tarabiscotés ^^) mais on a la chance d'avoir de par chez nous de valeureux développeurs amateurs qui ont traduits le jeu en français. Par exemple, chez T.R.A.F. (un site dédié aux traductions FR de nos jeux préférés) il est possible de trouver des patches de traduction, afin d'obtenir des textes bien traduits, et dans un français impeccable (merci à eux d'avoir bossé là-dessus). Le scénario est donc relativement fouillé et pour nous mettre dans l'ambiance, on commence par une sympathique intro, animée et explicative. En cours de jeu, d'autres textes interviendront soit pour nous donner un indice ou directement la marche à suivre (Gaïa est de toute façon derrière nos pas, afin de nous aider), ou encore pour activer une quête secondaire. Sachez également que si arriver à la fin de cette aventure prend du temps, l'épilogue n'a pas été bâclé pour autant puisqu'il se veut relativement long et gratifiant (passez voir notre spoil en fin d'article). Le jeu se présente avant tout sous la forme d'une map façon Super Mario World. Les niveaux suivants se débloquent en remplissant les objectifs et il est tout à fait possible de quitter un niveau en cours et d'y revenir autant qu'on le souhaite. Car il faut bien penser que c'est un jeu d'aventure avec une surcouche RPG.



   

Les maps ne sont pas sans rappeler Super Mario World. Notez aussi l'évolution
de la surface de la Terre : d'abord uniquement sous-marine et
qui prend peu à peu sa forme actuelle...



Kévolues toi ! (Dany Boon)


Au départ,
Via ce menu on peut faire évoluer son animal... mais pour ça il faudra "farmer" un maximum de "points d'evo" et ça risque de prendre du temps
nous ne sommes qu'un petit poisson et le but est alors de grossir et de devenir un véritable prédateur des mers (comme un requin). Pour ça, il faut amasser un maximum d'XP, qui vous permettra de faire le plein de "points d'évolution" (les evo points). Chaque ennemi tué finit par devenir un item à ramasser (tel qu'un bout de viande - c'est iconique car dans le cas d'un poisson ou d'une méduse...) qui donne plus ou moins d'XP et restaure quelques points de vie au passage (car on n'est pas à l'abri d'un ennemi qui se défendra, ce sera même de plus en plus le cas au fil de l'aventure). Pour avancer, en général Gaïa vous sommes de trouver des cristaux, qui sont soit dans des endroits reculés, soit gardés par des boss. Pour y accéder, il va falloir être plus fort et donc "évoluer". Dans le cas de notre poisson ça passera par une mâchoire plus volumineuse, plus de dents, une épine dorsale pour augmenter notre pouvoir défensif, une plus grosse nageoire pour se déplacer plus vite et bien entendu une plus grosse corpulence, afin d'avoir une jauge de santé plus ample. Pour se faire, il suffit de presser la touche "Select" qui ouvrira le menu des évolutions et là, selon "vos moyens" vous pourrez booster vos compétences et évoluer physiquement en conséquence (il y a d'ailleurs un tableau récapitulatif des statistiques de notre bestiole qui très vite, ne ressemblera plus à rien de connu dans la nature ^_^). Il est d'ailleurs sympa de voir l'anatomie de son animal se métamorphoser à chaque nouvelle mutation (il arrive aussi qu'on doive revenir à une forme plus simple, selon les besoins). Notre bestiole devra donc manger un max d'espèces (animal ou insecte) et pour remonter encore plus sa santé, il dévorera les plantes environnantes. Si on peut quitter les niveaux très facilement (parfois simplement en pressant la gâchette R, ou en sortant d'un côté ou de l'autre du niveau) et si les animaux réapparaissent très vite (ce qui est un défaut dans n'importe quel autre jeu, mais pas ici) c'est pour pouvoir "farmer" au maximum son avatar, en gros engranger un maximum d'XP, surtout avant d'affronter les boss qui sont à la fois rapides et très offensifs (mais les vaincre rapporte beaucoup d'XP).



Petit poisson deviendra grand


Les niveaux
La petite cartouche de 12Mb est pleine à craquer et ça se voit ! Le manque de place a fait en sorte que certaines animations et quelques décors soient bâclés
sont généralement très courts et à quelques exceptions près, il faut moins d'une minute pour les traverser. Cependant n'allez pas penser que l'aventure soit courte puisqu'il faut au bas-mot 3 à 4 heures pour en voir le bout (c'est bien plus que la plupart des jeux qui se finissent en 1 heure à peine) car je le redis, il va falloir faire de l'XP à gogo et pour ça, le mieux est de revenir plusieurs fois dans certains niveaux et de manger à s'en faire exploser la panse (notez aussi qu'une fois au sol, on peut sauter "sur la tête" des ennemis pour les tuer, mais ça reste moins efficace qu'une bonne morsure). Techniquement, on nous propose une cartouche de 12Mb, ce qui était pas mal pour un jeu sorti initialement fin '92 mais sans doute que le jeu aurait mérité un petit plus. Rappelons que la première cartouche de 16Mb n'était autre que Street Fighter II et qu'il est sorti en juin '92. Cependant le titre de Capcom était très attendu (donc les ventes étaient assurées) alors que le gentil EVO avait bien des chances de passer inaperçu, vu son genre et son aspect moins accessible, moins "bankable". Ainsi donc, vu que les cartouches coutaient chères à l'époque, on se doute pourquoi Nintendo (car c'était bien eux qui décidaient d'octroyer ou non une cartouche plus grosse que le minimum syndical, qui était de 4 à 8Mb) a voulu limiter la casse. Et le résultat se sent en premier lieu sur les niveaux. Les décors sont parfois très beaux, avec de jolis effets (distorsions, transparence, plusieurs plans de parallaxes...) et parfois ils sont totalement dépouillés ! D'ailleurs les décors sont très redondants : dans un chapitre, vous traverserez plusieurs fois les mêmes reliefs (quand il y en a, car il arrive que ce soit aussi tout plat, sans aucune imagination !).



Evonix


La
Globalement le jeu est joli, en alternant de beaux passages, à d'autres totalement vides. Idem pour les musiques, tantôt superbes, tantôt affreuses...
limitation de l'espace ROM se fait également sentir au niveau des animations, qui ne sont pas assez fluides, les pires étant les sauts qui sont vraiment décomposés à l'arrache (une poignée de frame seulement). C'est là qu'une confortable cartouche de 16Mb aurait fait la différence. Ceci dit, dans l'ensemble le jeu est loin d'être vilain : c'est assez coloré, la plupart du temps c'est détaillé et le design se veut mignon. Il est d'ailleurs intéressant de voir sa bestiole évoluer au fil de notre obtention de points d'évolution et de nos envies de booster telle ou telle partie de son anatomie (comme le fait qu'au départ notre bébête est mignonne puis plus elle est devient carnassienne, plus elle prend un air féroce). Enfin la bande-son est assez typique des RPGs japonais sur Super Nintendo. On y reconnait ces tonalités caractéristiques et c'est vrai, certaines compositions sont jolies (comme celles des niveaux aquatiques, en début d'aventure). Cependant, au fil du jeu et quoiqu'en disent les critiques de l'époque qui ont adoré la bande-son (à mon avis sans l'avoir fini), la qualité des musiques se dégrade. Composées par Koichi Sugiyama (le musicien attitré des Dragon Quest), elles rivalisent de banalité ou de nullité, certaines sont extrêmement répétitives, ce qui finit par agacer, surtout si comme moi vous jouez au casque (c'est un peu moins contraignant lorsqu'on joue sur sa télé). Enfin EVO ne propose aucune voix digitale (normal vu que les développeurs ont déjà manqué de place) et les bruitages sont pour la plupart fantaisistes et inadaptés. Faisant trop dans le bruitage pour jeu de plate-formes (ce qu'il est... à petite dose), les développeurs auraient clairement dû travailler leurs effets sonores, plutôt que de piocher sans gêne dans le "soundpool" de la console et de nous proposer des bruitages qui généralement, ne conviennent pas.



Bien avant des Note
jeux se basant sur le principe de l'évolution (comme Spore, Impossible Creatures ou Black & White), et faisant même un peu penser aux "god games" (sans en être un), EVO Search for Eden proposait un concept aussi original que bien mis en forme. Emprunt d'une certaine sensibilité, on accorde volontiers au jeu ses passe-droits et quelques facéties typiques d'un jeu vidéo comme ces évolutions instantanées qui servent au gameplay, ou les évolutions "peu naturelles" que nous faisons subir à notre bestiole, en vue d'être toujours plus agressif et puissant. RPG vraiment atypique, emprunt de plate-formes et de jeu d'aventure, EVO ne ressemble à nul autre. Côté technique, on déplorera certaines limitations (animations faites à l'arrache, surtout les sauts, décors parfois redondants et/ou complètement vides...) la faute à une cartouche de 12Mb qui aurait gagné à être plus grosse. Idem pour le son qui souffle autant de bonnes musiques que d'affreuses, ainsi que des bruitages peu travaillés. Pourtant, malgré ses défauts, EVO a son charme, il est prenant. Voir sa bestiole évoluer, traverser les âges et le temps, voir l'évolution de notre Terre selon le principe Darwinien, a vraiment quelque chose d'hypnotisant d'autant qu'hormis les boss, la difficulté est rarement punitive. Peu (voir pas) connu en Europe puisqu'il n'a jamais été édité chez nous, EVO trouve en quelque sorte une seconde vie grâce à l'émulation qui permet en plus d'avoir (via des patches) une très jolie traduction française. Cette production d'Almanic Corp (et oui, Enix n'est que l'éditeur) n'est peut-être pas le meilleur titre de la Super NES mais il reste une belle découverte, un jeu que vous conseille de jouer, au minima pour la curiosité, au mieux pour cette belle aventure qu'il propose.



Les -

  • Peut être lassant dû à la répétitivité des actions en vue d'augmenter autant que possible ses points d'évolution
  • Certaines musiques sont sobrement nulles, abominables pour les oreilles et ultra répétitives
  • Certaines animations sont vraiment faites à l'arrache
  • Les bruitages sont trop peu travaillés
  • Certains passages sont trop vides
  • Les +

  • Suivre l'évolution des espèces est très intéressant. D'ailleurs faire évoluer notre bestiole est tout aussi plaisant
  • Le gameplay est très sympa, les évolutions laissent beaucoup de place aux expérimentations
  • Certaines musiques sont vraiment superbes (surtout la première, sous la forme poisson)
  • Intro, scénarisation, beaucoup de textes et une jolie fin vous attendent
  • Graphiquement agréable, bien qu'un peu redondant
  • Bonne durée de vie (3 à 4h minimum)




  • La séquence de fin (spoil) : cliquez pour ouvrir



    Test réalisé par iiYama

    aout 2020