Heavy Rain / Beyond Two Souls Collection (PS4)

 





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Note générale


Sortie du jeu : décembre 2015 (Beyond TS) / mars 2016 (Heavy Rain et compilation)
Développeur : Quantic Dream
Adaptation : Quantic Dream
Editeur : Sony Computer Entertainment
Genre : film interactif (compilation)

Support : 2 Blu-Rays
Version logicielle : 1.0
Version testée : Française
Doublage : FR
Textes à l'écran : FR

Espaces disques nécessaires : Beyond : 42Go / Heavy Rain : 35Go
Définitions HD : 720p - 1080p
Framerate annoncé : 30 fps
Compatible 3D : non
Remote Play PS4/Vita : oui

Difficulté :
Compatible PS Move : non
Multi-joueurs : non
Prix au lancement : 40€


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Heavy Rain
Beyond Two Souls

Collection



Le studio Quantic Dream est né en 1997. Situé en plein Paris et fondé par le médiatique David Cage et (le plus discret) Guillaume de Fondaumière, ce modeste studio de développement a pris le pari fou de faire autre chose que les autres, de proposer un autre type de jeux vidéos. En effet, alors que les FPS se portent bien, que les jeux d'action brute font toujours vendre et que le RPG reste le roi de la narration made in Japan, nos parisiens de Quantic se sont mis en tête de nous proposer des "expériences ludiques" plutôt que de simples jeux. Ultra narratifs, au gameplay souvent simplifié et à base de QTEs, les développeurs veulent nous transmettre des émotions, nous faire vivre une histoire interactive, sans pour autant tuer 20 mercenaires à la minute, dans un déluge d'explosions et de musiques grandiloquentes... même s'ils le savent mieux que quiconque, c'est ça qui fait vendre. Tout à commencer avec The Nomad Soul, paru en 1999 sur PC et DreamCast, suivi du bien connu Fahrenheit (Indigo Prophecy aux Etats-Unis) en 2005, sorti sur PC, Xbox et PlayStation 2 (même si on peut légitimement se poser une question : un tel jeu n'a pas nécessité 6 ans de développement donc qu'ont-ils fait entre temps... allez savoir). Après être passé d'Eidos Interactive à Atari, désormais Quantic Dream est affilié à Sony Computer Entertainment et par conséquent, fini les jeux multi-supports, depuis la sortie d'Heavy Rain en 2010, les créations sont devenues exclusives à la marque, d'où une unique sortie sur PS3. Heavy Rain est d'ailleurs le plus grand succès du studio parisien, avec plus de 3 Millions de ventes, même si le jeu suivant, Beyond : Two Souls sorti en 2013 et une fois encore exclusif à la PS3, s'est correctement vendu avec plus de 1,8 Millions de copies à travers le monde. Il faut dire que la "formule Quantic" impose des jeux assez atypiques, et une certaine ouverture d'esprit pour être appréciés. Réalisé 100% par Motion Capture, dont Quantic Dream est l'un des pionniers, beaucoup critiquent les jeux du studio pour leur manque d'action, le manque de profondeur du gameplay ou la confusion du scénario. Maintenant soyons franc 2 minutes, personne n'est jamais venu critiquer des films comme Matrix ou Mémento, pourtant truffés de flashbacks et de twists assez complexes à avaler. De même, personne ne juge les point & click comme des jeux au gameplay creux et à l'action trop lente, et pourtant c'est ce qu'ils sont ! Comme dans bien des cas, tout est question de point de vue et au final ces jeux divisent : on adore ou on déteste (pour être franc, je déteste les point & click, voilà pourquoi je n'ai jamais testé -du moins jusqu'à maintenant- les jeux développés par Telltale pourtant réputés excellents).


Comme la mode est aux remasterisations à tout va, parfois avec beaucoup de succès (comme avec Uncharted : Nathan Drake Collection, Halo : Master Chief Collection ou Resident Evil HD Remaster) parfois moins (comme dans le cas de Silent Hill : HD Collection) et en attendant le très prometteur Detroit : Become Human, la PS4 accueille une nouvelle compilation/remasterisation qui réunit les 2 derniers succès du studio, à savoir Heavy Rain et Beyond. C'est parfait pour celles et ceux qui sont passés à côté de ces 2 excellents (et controversés) titres même si on peut déplorer l'absence de Fahrenheit, qui est pourtant réapparu en version "Remastered" en janvier 2015 (mais uniquement sur PC). Pour ce qui est de notre duologie, sachez que, testée plusieurs semaines après sa sortie, les 2 jeux sont toujours en version 1.0. Ainsi on ne parle pas de "patch day one" de plusieurs Go et ça fait plaisir. Par contre il va falloir avoir de la place sur son disque dur car si les 2 jeux s'installent indépendamment (la boite contient 2 Blu-Rays, un pour chaque jeu) et très rapidement (comme toujours sur PS4), ils vampirisent à eux seuls près de 77Go (!) du disque dur (42Go pour Beyond et 35Go pour Heavy Rain). Cependant on apprécie que ce soit Quantic Dream lui-même qui ce soit occupé du portage, sans doute par soucis de qualité ou d'économies. Bien entendu ce double portage apporte son lot de nouveautés comme une caisse entière de Trophées à glaner, des bonus type Artworks, des makings-off ou des démos techniques (comme l'excellent The Casting). Il est par contre regrettable que le DLC Taxidermist d'Heavy Rain ne soit pas inclus, alors que le contenu Advanced Experiment de Beyond : Two Souls, qui rajoute 30 minutes de jeu sous forme de casse-tête expérimental pour Jodie et Aiden, est bel et bien présent. Sachez enfin que Beyond est le premier portage à avoir vu le jour, tout d'abord édité sur PSN au prix de 20€ en décembre 2015. Heavy Rain n'est sorti qu'en mars 2016, toujours au prix de 20€ sur PSN ou réunit dans la présente compilation au prix de 40€. Quant à la réalisation technique, la qualité du portage, Quantic Dream n'a pas beaucoup forcé. Les 2 jeux sont upscalés de 720p à 1080p mais conserve leur 30 images par seconde natif (soit disant pour des questions de réalisme cinématographique... dommage qu'une option ne nous propose pas malgré tout le 60fps), certaines textures ont été retravaillées (notamment les visages, de très près les 2 jeux sont même bluffants sur le sujet), les éclairages sont plus réalistes, l'aliasing a été gommé au maximum... mais au fond, si vous ne mettez pas les versions PS3 et PS4 côte à côte, il y a peu de chance que vous voyez la différence. Maintenant voyons nos jeux dans le détail.


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Heavy Rain




Fils spirituel
Heavy Rain est un jeu narratif, un film interactif donc pour meubler et prendre le temps de s'attacher aux personnages, on réalisera beaucoup d'actions inutiles
d'un Fahrenheit qui aura marqué les esprits, Heavy Rain (sous-titré The Origami Killer selon le pays) est à l'origine sorti en février 2010 sur PlayStation 3. S'il est vrai qu'au départ la Xbox 360 était une console orientée vers l'action, de son côté la PS3 a été le support de bien des "expérimentations", des titres atypiques exactement comme celui-ci (par la suite, les choses se sont quelque peu uniformisées). Sur PS3 le jeu s'installait à hauteur de 4.3Go, une rigolade à côté des 35Go réclamés par ce portage. Il y avait aussi une grosse mise à jour de 1,2Go qui permettait à Heavy Rain d'être joué au PS Move, dont le jeu de Quantic Dream était même l'un des ambassadeurs, l'un des jeux les mieux adaptés à l'inutile godemiché rétro-éclairés de Sony. Ceci dit, cette compatibilité n'a pas été reconduite ici, vous ne pourrez donc jouer qu'avec une PS Vita en Remote Play, ou avec la DualShock 4. Puisqu'on y est, si Heavy Rain a quelques défauts plus ou moins pesants, sachez que sa jouabilité le pire d'entre tous ! Sur PS3 on a déjà pesté contre une prise en mains dégueulasse et malheureusement pour ce portage, sorti 5 ans et demi plus tard, on la retrouve à l'exact ! Quantic Dream me déçoit beaucoup sur ce coup-là car s'il y avait bien un point à corriger, quitte même à faire une jouabilité alternative, c'était celui-ci ! Regardez Resident Evil HD Remaster, il propose avec succès l'ancienne jouabilité, et une autre nettement plus contemporaine. Bref, dans Heavy Rain on retrouve donc l'une des pires tares du titre d'origine, à savoir qu'on contrôle un personnage exécrable à déplacer. On a l'impression de contrôler un étrange mixage entre le robot défectueux et le 38 tonnes aux pneus crevés. De plus, certaines QTEs doivent obligatoirement être réalisés grâce à la détection de mouvement de la manette, ce qui est ni précis, ni agréable à jouer (je déteste faire le gogol à secouer mon pad pour réaliser je ne sais quelle action). Sans parler qu'il est absolument ridicule d'être pénaliser si on ne réussit la-dite QTE : lors d'une scène d'action passe encore, mais lorsque c'est pour effectuer un mouvement totalement ordinaire (allumer la lumière, prendre une assiette, fermer une porte...) ça frise le ridicule. Car oui, bien avant que les QTEs n'envahissent nos jeux d'action, ils étaient déjà à la base du gameplay des titres de David Cage (il suffit de rejouer à Fahrenheit, qui date de 2005, pour s'en rendre compte).


Heavy Rain
Les déplacements sont vraiment catastrophiques ! Les développeurs auraient dû prévoir une alternative...
se présente comme un thriller, un film interactif aux thèmes matures et à l'ambiance sombre dans lequel le joueur est amené à faire des choix qui vont façonner l'histoire. On nous propose de contrôler 4 personnages différents mais l'histoire est centré sur la vie d'Ethan Mars, un père de famille qui a perdu son fils ainé et qui, 2 ans plus tard, voit son second fils kidnappé. Commence alors une chasse à l'indice, afin de le retrouver au plus vite. L'un des grands points forts du jeu, ce sont les ramifications de l'histoire. Réaliser ou non une épreuve (des épreuves parfois très douloureuses et sadiques, quasiment digne de SAW), faire des choix ou au contraire, laisser couler, amène à différents embranchements ainsi que plusieurs fins possibles (18 au total, c'est pas mal). Ainsi, même si l'aventure n'est pas spécialement longue, il est toujours agréable de la recommencer pour voir quelles réactions vont avoir les divers protagonistes et quelles conséquences cela va amener. Bien entendu, on mangera des QTEs pour tout et rien, dans des phases parfois un peu lourd-dingues, sans grand intérêt et qui paressent interminables. Pour tout vous dire, je rêvais d'un "mode cinématique" qui aurait déroulé le jeu de la façon la plus plausible possible et on aurait pris les commandes uniquement lors de certains déplacements, lors des phases d'actions ou lors des choix à faire. De toute façon, Heavy Rain est un peu le film dont vous êtes le héros et finalement, réaliser des actions qui n'ont aucun intérêt ludique, est plus frustrant que gratifiant. Ainsi vivre le jeu comme un film dont on aurait le contrôle uniquement à des moments-clés, n'aurait pas été si mal en termes d'expérience. Car il faut bien comprendre que ce que le titre perd en gameplay, il le récupère en narration. L'histoire prend souvent aux tripes, elle joue beaucoup sur les émotions et l'implication du joueur. Ainsi à moins d'être un insensible notoire, difficile de ne pas être touché par l'histoire contée.


Le jeu étant
Graphiquement le jeu a vieilli mais il conserve quelques belles facettes comme les décors extérieurs, la pluie, la qualité des modélisations, certains effets...
sur un unique Blu-Ray, le fait que le DLC ne soit pas inclus est incompréhensible. Il est clair que la place ne manquait pas et même s'il reste un petit DLC narratif mais trop court (30 minutes environ), The Taxidermist explique pourquoi Madison Paige fait des insomnies. Après, mis à part le fait que ce contenu ne soit pas inclus, il est aussi regrettable que Quantic Dream n'est pas continué sur sa lancée car à l'origine, il devait y avoir d'autres chapitres à l'image de celui-ci, qui revenait sur le passif de chaque personnage principal (comme le fait de savoir pourquoi Norman Jayden, le profiler du FBI, est dépendant à la triptocaïne). Le temps nous apprendra que la création de ces spin-offs a été annulé au profit du développement de la version PS Move du jeu... un bien beau gâchis. Techniquement, en 2010 le jeu était très en avance sur son temps. Il faut dire que Quantic Dream met beaucoup d'argent dans son propre studio de motion capture, et le résultat nous a tous surpris. 6 ans et une génération de consoles plus tard, l'effet n'est évidemment plus le même. Les graphismes ont pris un sacré coup de vieux, car si les modélisations sont bien détaillées ou que la pluie est superbement retranscrite (normal vu le titre), à côté de ça les décors intérieurs sont bien trop "propres" pour être réalistes, donnant ainsi une impression de "maison de poupées". De même, les déplacements sont catastrophiques, hachés et imprécis, donc lorsqu'un personnage se déplace, on dirait qu'il a 3 grammes d'alcool dans le sang. Ajoutons à ça que le jeu n'est pas exempt de bugs (notamment des pop-ups, même si dans l'ensemble ça reste rare), les loadings sont un peu longs et malgré le passage à la PS4, le lifting graphique est très nuancé. Et pour en rajouter une couche, et sans trop m'étaler sur le sujet, les modélisations masculines sont plutôt réussies quand celles des femmes est juste à dégueuler ! Jacqui Ainsley (alias Madison Paige dans le jeu) est une belle femme dans la vie et si physiquement elle est réussie, son visage lui, est simplement moche. Mais le pire est Aurélie Bancilhon (alias Lauren Winter dans le jeu) qui de son côté a été littéralement massacrée ! Comme dit Aquel, comment durant le développement du titre, les mecs ont-ils pu avaliser une ganache pareille ?! C'est vraiment sans explication tant par rapport à son modèle original, le personnage a été enlaidi, presque défiguré...


Pourtant malgré
La partie sonore est juste, appropriée, avec de belles musiques et un bon doublage. Dommage que la synchro ne soit toujours pas d'actualité
mes critiques, il faut reconnaitre que certains pans de la réalisation restent assez étonnants, notamment dans le détail de certaines textures, en particulier celles des visages (c'est d'autant plus flagrant lors des loadings où on nous présente le visage de notre personnage en très gros plan). Le seul souci dans tout ça, c'est que malgré la performance de la motion capture, les animations ne sont pas toujours en phase (manque de précision ou expression faciale inappropriée) même si à sa décharge, le jeu a 6 ans et que depuis, la technique a été nettement améliorée... dans d'autres jeux. Enfin la partie sonore profite des compositions de Normand Corbeil, qui a officié jusqu'en 2008 pour le cinéma et qui depuis, bosse uniquement avec Quantic Dream. Et il est vrai que les musiques sonnent toujours justes, donnant un ton bien particulier à l'ambiance. Par exemple en jouant le détective Shelby nous avons une ambiance sombre de polar des années 30, en jouant Ethan Mars nous avons toujours des airs mélancoliques, un peu tristes et s'inspirant des œuvres d'Akira Yamaoka pour Silent Hill. Quant au doublage et malgré le fait que le jeu ait été développé en France, la langue de développement fut l'anglais. Ainsi en VO la synchro labiale est respectée, mais en français elle est complètement à côté de la plaque. Et c'est bien dommage car avec cette génération de consoles, les développeurs prêtent de plus en plus attention à la synchro et le casting d'origine est 4 étoiles : Françoise Cadol (la voix française de l'ancienne Lara Croft/Angelina Jolie), Damien Boisseau (la voix de Matt Damon), José Luccioni (la voix française d'Al Pacino ou de Marcus Fenix dans Gears of War), Bernard Gabay (la voix de Robert Downey Jr ou d'Aragorn dans la trilogie du Seigneur des Anneaux) mais aussi Bernard Métraux, Marc Alfos ou encore Benoît Allemane. En somme il n'y a que du lourd, du très très lourd même et la qualité du doublage s'en ressent fortement. On déplorera juste un déséquilibrage voix/musiques qui rend les dialogues presque inaudibles à certains moments (et les options sonores n'y changent absolument rien... bizarre) mais rien de vraiment méchant au final.


Vidéo-test de la version PS3




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Beyond : Two Souls




Après le
Beyond dispose d'une meilleure prise mains et d'un gameplay plus intéressant qu'Heavy Rain...
succès critique et commercial d'Heavy Rain (qui cumule quand même 3 Millions de ventes, ce n'est pas rien, surtout pour un jeu sorti sur une unique console et imposant un gameplay loin des standards "bankables"), Quantic Dream reprend son travail en améliorant naturellement sa formule. Malheureusement, si le budget de développement fut équivalent (20 millions de $), les ventes elles, sont restées plus modestes (environ 1,8 Millions d'exemplaires vendus). Certains prétextent que Beyond : Two Souls est nettement moins bon qu'Heavy Rain et pourtant, de façon objective, dans le fond le jeu est bien meilleur. La narration est mieux mise en scène, plus travaillée, le gameplay est plus intéressant, moins frustrant, c'est plus varié, moins déprimant... En réalité, le seul point qui fait défaut à ce titre par rapport à son prédécesseur, c'est son scénario. En effet Beyond propose une écriture qui se veut plus fantasmagorique, plus abracadabrante diront certains car fondamentalement éloigné du réalisme d'Heavy Rain. Pourtant, avec un peu de recul, le studio s'est déjà essayé au genre avec Fahrenheit et après avoir fini, pour la 2e fois, cette aventure je reconnais avoir apprécié le scénario. Dans Beyond on incarne un unique personnage, Jodie, qui depuis sa plus tendre enfance, est liée à une sorte de fantôme, Aiden. Cette entité éthérée sera d'abord un boulet pour elle qui ne veut qu'une chose, être une petite fille "normale", puis peu à peu, ces indissociables "personnages" vont s'apprivoiser, Aiden rendant plus service à Jodie que lui empoisonnant la vie. Bien entendu, ce "plot de départ" posera une base mystique qui évoluera vers quelque chose de plus fantastique, plus orienté vers l'horreur et ce, avec une menace de grande envergure. Cette fois le studio parisien s'est entouré de grands noms du cinéma américain pour assurer sa motion capture et le rendu Hollywoodien de sa mise en scène, à savoir Ellen Page (qui joue Jodie) et Willem Dafoe (qui joue le Dr Nathan Dawkins). On retrouve aussi au casting Eric Winter, David Gasman ou le bien connu Kadeem Hardison et une chose est sûre, Quantic Dream a fait un énorme bond en avant en terme de motion capture et d'émotions (le terme qu'ils aiment rabâcher à qui veut bien l'entendre... même s'il faut le reconnaitre, ils sont désormais passé maitre dans cet art). En effet, leur studio a été entièrement reconstruit et dispose désormais des dernières avancées technologiques en la matière, ce qui rend possible ce qu'Heavy Rain a eu bien du mal à faire.


Et je parle
... malheureusement, il ne dispose pas d'une replay-value aussi importante
bien sûr de la qualité ultra réaliste des animations, la précision des collisions (la jonction inter-éléments qui bien souvent dans le jeu vidéo voit des enchevêtrements bien moches) mais aussi et surtout des expressions faciales d'un réalisme que même les jeux actuels n'atteignent que rarement. Ainsi les expressions des différents visages sont toujours détaillées, réalistes et à-propos. Il est donc naturel que l'émotion se créé, d'autant que la partie sonore a été confiée à Lorne Balfe (qui remplace le très bon Normand Corbeil, décédé entre temps) et l'omniprésent (et talentueux) Hans Zimmer, qui nous offrent ici des compositions d'une sensibilité incroyable, des musiques d'une finesse rare qui donnent une ambiance très particulière au titre, créant par la même l'émotion et l'attachement au personnage de Jodie. On notera également que la synchro labiale est au maximum respectée, là où dans Heavy Rain aucun souci de synchronisation n'a été fait. Encore une fois ça apporte énormément à l'immersion, et ça a son importance dans ce que certains appellent "un film interactif". Et si le terme est un peu faussé (car on reste loin d'un Night Trap par exemple), il est vrai que la mise en scène et la façon dont le scénario a été agencé, fait immanquablement pensé au cinéma. Cette édition profite d'ailleurs d'une option non négligeable, celle de parcourir l'aventure comme elle a été écrite à l'origine ou de façon chronologique. Alors c'est un fait, à l'origine il était facile d'être un peu perdu dans la chronologie des événements car le jeu nous faisait prendre le contrôle de Jodie à divers moments-clé de sa vie. On passait donc sans scrupule du passé au présent et ce, dans des raccords sans queue ni tête. Encore une fois, ce procédé issu du cinéma n'est pas nouveau et celles/ceux qui n'y ont rien compris, c'est uniquement parce qu'on demandait à leur cerveau de remettre les pièces du puzzle dans l'ordre. Mais avec les joueurs d'aujourd'hui et leur masse grise qui ne va pas en augmentant, c'est sûr, c'était peut-être trop demandé. Maintenant il est désormais possible de jouer dans l'ordre chronologique des événements, à quelques incohérences près. En effet, au début du jeu nous sommes censés suivre le prologue puis un rapide didacticiel ce qui peut entrainer quelques erreurs de chronologie mais rien de grave. Il est d'ailleurs très agréable de pouvoir suivre la vie de Jodie de façon plus logique et suivie, ce qui fait qu'on ne comprendra que mieux le fond de l'histoire, les tenants et aboutissants du scénario. D'ailleurs, même si je respecte l'idée de départ, j'admets que le jeu aurait dû être comme ça dès le début au lieu de noyer le poisson et d'embrouiller le joueur. Disons que c'était à l'origine une figure de style... pas vraiment indispensable.


Côté gameplay
Pouvoir jouer dans l'ordre chronologique est une vrai plus-value. Bon point aussi pour l'inclusion du DLC
et contrairement à Heavy Rain, nous avons une prise en mains relativement simple où les déplacements sont gérés par le stick gauche (et on aurait vivement apprécié ça sur le jeu susnommé) et les actions s'effectuent sur le stick droit. Bien entendu Quantic Dream n'a pas changé sa formule et on se retrouve avec divers QTEs pour réaliser la moindre action, mais ces dernières sont plus permissives (la détection SixAxis est aussi nettement mieux gérée) et surtout moins invasives. D'ailleurs les points d'intérêt sont souvent désignés par un simple point blanc, ce qui évite de se retrouver perdu sans trop savoir quoi faire, et ce, sans avoir non plus mille indications à l'écran. Quant à Aiden, on peut switcher entre Jodie et l'entité en pressant simplement "triangle". Les déplacements du fantôme ne sont pas libres mais on peut tout de même avoir plusieurs points de vue et interagir sur bien des objets (et parfois ennemis). Au fond le gameplay n'est pas très étoffé mais reste accessible et bien moins pénible que dans les autres jeux à base de QTEs, Heavy Rain compris. La prise en mains est donc plus naturelle et moins frustrante que dans bien des titres du genre. On sent que le studio parisien a enfin trouvé l'équilibre, la juste formule entre sa narration poussée, les interactions libres et quelques phases d'action rondement menées. Il est d'ailleurs à noter qu'on peut jouer en solo, comme en duo, l'un contrôlant Jodie l'autre Aiden. Quant aux choix qu'on peut faire, ils ont généralement une incidence directe sur le niveau en cours, mais rarement sur la continuité du jeu. Comprenez bien que cette fois nous jouons un unique personnage et aucune personne tierce n'est à sauver. Résultat, les choix sont limités et n'influent que peu sur la fin du titre. C'est sans doute l'une des grandes différences avec son prédécesseur, qui avait une rejouabilité très intéressante. Ici elle sera bien plus limitée, surtout lorsqu'on s'aperçoit qu'une "réponse" ou une autre amène finalement à la même scène. A chaque fin de niveau, le jeu nous affichera des statistiques, ce qu'on peut trouver inutile de prime abord. Ceci dit, ces stats nous permettent de voir les possibilités offertes (sauver quelqu'un ou pas...) et les choix qu'on a fait par rapport aux autres joueurs. A noter aussi que l'aventure est bien plus longue que celle d'Heavy Rain, compensant ainsi son (petit) manque de rejouabilité. Cette version inclus également le DLC "expériences avancées", qui propose à l'image de l'entrainement au sein de la CIA, des épreuves qui jumèlent les capacités de Jodie et Aiden. Rien de très intéressant en soi, surtout une fois qu'on a fini l'aventure principale. Un peu de contenu scénarisé aurait été plus approprié mais quand c'est gratuit/inclus, on ne rechigne pas.


Terminons
Techniquement le jeu est superbe, notamment en termes d'expressions faciales et d'animations. Quant aux statistiques, elles nous offrent une vision globale des possibilités offertes pour chaque niveau
par la réalisation qui atteint ici un niveau de réalisme rare... pour les personnages. En effet les décors intérieurs, bien que mieux travaillés, sont encore un peu simplistes et vides. Finalement ce sont les décors extérieurs qui s'en sortent le mieux. Mais la vraie plus-value du titre c'est clairement les modélisations. Encore une fois la motion capture a fait un bond en avant, avec des expressions faciales toujours à-propos, des animations non robotiques et fluides, des visages extrêmement détaillés, beaucoup d'éléments non figés (pas de cheveux de playmobil, des draps, colliers ou vêtements qui bougent au gré des mouvements ou du vent), des effets vraiment superbes (pluie, feu, particules)... on sent que Quantic Dream a énormément travaillé là-dessus et ça se voit ! Quant au remastering graphique, le rendu est propre. L'aliasing a été gommé, le jeu est toujours fluide, je n'ai noté aucun bug (pourtant comme évoqué en introduction, il est toujours en version 1.0, ça fait plaisir d'avoir de temps en temps des jeux "terminés et testés" avant d'être mis en vente) et dans l'ensemble, même si la PS4 ne semble pas beaucoup souffrir, ça reste joli. De toute façon, ce n'est clairement pas sur ses graphismes que le titre tente de séduire, ça c'est un fait. Dernier point, je regrette par contre que Beyond : Two Souls nous impose 2 vilaines barres noires en haut et en bas de l'écran. Même si ça reste moins gênant que dans The Evil Within ou The Order 1886, ces disgracieuses barres n'ont aucune utilité. Lors d'une cinématique, pour bien mettre en avant le découpage jeu/cut-scène je peux le comprendre, ou alors pour économiser de précieuses ressources système (encore que, sur ce titre-là j'en doute) sur PS3 je l'accepte, mais vis-à-vis de ce portage, ça aurait dû disparaitre au profit d'un affichage plein écran (même si rapidement, on n'y prête plus vraiment attention). Enfin la qualité du doublage est indéniable. On ne retrouve que des doubleurs talentueux et une fois n'est pas coutume, le doublage français ne gâche en rien un titre qui, à l'origine, a été créé en anglais.


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Conclusion




Avec la Note
duologie d'Heavy Rain et Beyond : Two Souls, vous allez toucher les 2 productions les plus récentes du studio parisien de Quantic Dream, en attendant la sortie de Detroit : Become Human. Evidemment certains diront que Fahrenheit est étrangement absent, alors qu'il a profité d'une récente remasterisation sur PC. En un sens c'est vrai, cependant on ne parle plus d'un jeu autrefois exclusif à la PS3, mais d'un titre multi-supports. Ceci explique sans doute cela, et ajoutons également que niveau réalisation (qui date tout de même de la génération PS2) ça commence à sérieusement vieillir. Bien entendu, l'achat de cette compilation n'a aucun intérêt si vous avez déjà les jeux sur PS3 tant le lifting graphique est chiche (surtout sur Heavy Rain, Beyond s'en sort encore avec les honneurs). Tout juste avons-nous des loadings un poil plus rapides, un aliasing gommé et quelques effets légèrement plus réalistes mais au fond, vous ne verrez sans doute pas la différence et le contenu est pour ainsi dire le même (le DLC de Beyond est sans grand intérêt et celui d'Heavy Rain est carrément absent !). Adaptation, plus qu'un véritable Remaster, développée par Quantic lui-même, on apprécie malgré tout la fluidité des 2 jeux, la quasi absence de bugs, comme quoi, faire soi-même ses portages est parfois une bonne chose. Malheureusement mettre les jeux dans d'autres mains (comme Bluepoint par exemple) c'était peut-être aussi l'occasion d'ouvrir ses productions à des options cruellement manquantes et surtout un contenu exhaustif... ce qui n'est pas le cas ! La jouabilité d'Heavy Rain est une catastrophe et elle aurait grandement mérité une alternative à son maniement d'origine. Quant à Beyond, si on apprécie ses améliorations de gameplay et de réalisation par rapport à son prédécesseur, on perd ce qui en faisait l'un de ses attraits, à soir la ramification de son scénario, avec des choix qui avaient de réelles conséquences. Malgré tout, si Heavy Rain vieillit plus que Beyond : Two Souls (et pas seulement à cause de sa prise en mains irritante, mais aussi pour ses modélisations féminines affreuses ou encore son rythme très lent) il propose une aventure qui prend aux tripes, si tant est qu'on soit un minimum réceptif à son propos. Beyond de son côté est plus récent et propose donc une prise en mains plus naturelle et instinctive, une histoire certes moins poignante mais tout aussi sympathique. Quant à la narration, elle atteint ici un niveau de réalisme peu commun, grâce à la qualité de ses animations, des modélisations hyper détaillées... bref d'une motion capture qu'on sent désormais maitrisée. Ça promet de belles choses pour l'avenir. Heavy Rain et Beyond : Two Souls sont donc 2 superbes jeux (et j'admets avoir une préférence pour le second), ultra narratifs et offrant une émotion rare pour un jeu vidéo, même si ça se fait au prix d'un gameplay restrictif. Certains n'y voient que des films vaguement interactifs, d'autres y voient des chef-d'œuvres. Moi je dis qu'on tient là 2 jeux atypiques qui méritent un second succès, tant il apporte un vent de fraicheur dans ce milieu où règnent le sang, l'action et les explosions. D'autant plus qu'à 40€ les 2 jeux (et sur 2 disques Blu-Rays s'il vous plait), on ne peut pas dire que le rapport qualité/prix ne soit pas justifié.



Les -

  • Pas de nouvelle prise en mains pour Heavy Rain et Dieu sait à quel point il en avait besoin !!
  • Pourquoi pas de Fahrenheit alors que sa remasterisation date de janvier 2015 ?
  • The Taxidermist (DLC d'Heavy Rain) étrangement absent
  • Totale désynchro des dialogues d'Heavy Rain
  • Les inutiles bandes noires de Beyond
  • Les habituels soucis de rythme
  • Les +

  • Beyond : une réalisation absolument énorme, notamment en terme de modélisations, d'animations et surtout d'expressions faciales
  • Le gameplay de Beyond, nettement plus intéressant et agréable que celui d'Heavy Rain
  • La multitude de ramifications du scénario d'Heavy Rain
  • Toujours en version 1.0 et très peu de bugs à déplorer
  • La qualité de narration et de mise en scène des 2 jeux
  • Suivre l'aventure de Beyond dans l'ordre chronologique
  • Le DLC de Beyond est inclus


  • Test réalisé par Chacha - Aquel - iiYama

    octobre 2016