Heavy Rain (PS3)

 








Développement scénaristique
Jouabilité & Gameplay
L'image
Le son
Note générale


Sortie du jeu : février 2010
Développeur : Quantic Dream
Editeur : Sony Computer Entertainment
Genre : film interactif (thriller) / aventure

Support : 1 Blu-Ray
Version testée : Française
Voix dans le jeu : FR
Textes à l'écran : FR

Espace disque nécessaire : 4,3Go (install) + 1,2Go (compatibilité Move)
Moteur physique : Havok
Définition HD : 720p
Difficulté :
Compatible Move : oui
Compatible 3D : non

Multi-joueurs : non
Titre alternatif : Heavy Rain : The Origami Killer
Prix au lancement : 70€
Score des ventes : 2.9 Millions






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Heavy Rain









Heavy Rain
Il y a 4 personnages jouables mais c'est bien Ethan Mars qui est au centre de l'histoire
(qu'on pourrait traduire par pluie battante) est le 3e jeu du studio français de Quantic Dream. Leur aventure commence en 1999 avec The Nomad Soul, un jeu d'aventure qui aura été bien accueilli par la critique. En 2005, le studio sort Fahrenheit et déjà à cette étape là, on sent que le développeur veut proposer autre chose que du FPS, du RPG ou du simple jeu de plate-formes. Selon David Cage, fondateur et PDG de Quantic Dream, mais aussi réalisateur et scénariste d'Heavy Rain, si on veut que le jeu vidéo soit amené au rang d'art, il doit plus que jamais se rapprocher du cinéma, puisque ces 2 supports s'inspirent l'un de l'autre. Avec un long développement de presque 4 ans (débuté en 2006 alors que la PS3 n'était même pas sortie), Heavy Rain nous propose de vivre un film interactif, dont la noirceur du scénario sera dévoilée par les actes et les conséquences de 4 protagonistes jouables. Véritables ramifications, si certaines actions sont anodines et mènent à la même finalité, d'autres par contre, sont lourdes de conséquences. Voilà pourquoi la replay-value est très intéressante car d'une partie à l'autre, il se peut que les personnages n'aient pas du tout les mêmes réactions et surtout, qu'on puisse obtenir l'une des 18 fins différentes. Si le jeu s'articule autour de 4 personnages principaux, l'histoire tourne autour d'Ethan Mars, un père de famille agoraphobe, gentil et attentionné, à qui la vie va jouer de sales tours. Après un premier drame et un divorce, voilà que le destin s'acharne à nouveau et il devra tout faire pour sauver ceux qu'il aime. A vrai dire, il y a mêmes des passages qui ramène aux affres d'un certain SAW, avec des séquences vicieuses où le pauvre homme sera torturé et mutilé. Une partie de la force du jeu est d'ailleurs là : si on accomplit des scènes qui n'ont aucune importance (comme mettre la table, s'occuper de ses enfants) c'est uniquement dans le but de rapprocher le joueur du personnage. Car finalement, les protagonistes du jeu sont des gens normaux et c'est ça qui fait qu'on s'identifie à eux, qu'on s'attache à eux. C'est une façon très habile d'impliquer le joueur dans cette morbide affaire de meurtres.


Le second
Tel un bon film, le jeu alterne habilement action et phase d'enquête
personnage jouable est Scott Shelby, un ancien flic devenu détective privé. Il enquête sur le tueur aux origamis (celui-là même qui persécute Ethan), ce qui l'obligera à rencontrer pas mal de monde, dont une ancienne victime dont le fils a (lui aussi) été kidnappé, puis tué. De son côté Ethan sera souvent secondé par Madison Paige, une journaliste insomniaque qui mènera l'enquête de son côté et qui l'aidera à l'occasion. Enfin nous ferons la connaissance de Norman Jayden, un profiler du FBI qui est venu aider la police à dénouer cette enquête. Vous l'aurez compris, à eux 4 ils formeront le fil conducteur d'une histoire très sombre et mature, directement inspirée du cinéma. Ce thriller interactif, aux emprunts de Seven (le film) possède une aura particulière. Visant le haut du panier en terme de réalisme, si ce n'est qu'à moitié réussi (selon la séquence) il est clair que Quantic Dream a réussi son pari d'hypnotiser son joueur, de lui donner envi de poursuivre jusqu'à l'épilogue. C'est une force que j'ai rarement rencontré dans un jeu. Sur la délicate question de la prise en mains, le développeur a voulu faire quelque chose de différent et de plus immersif que ce qu'on rencontre habituellement. Ainsi chaque action est une succession de QTEs, qui tente dans le meilleur des cas, de mimer le mouvement réel. Compatible avec le PlayStation Move, je regrette vraiment que Sony nous impose une mise à jour de 1,2Go !! Oui vous avez bien lu, pour jouer à votre jeu il faudra donc attendre plusieurs heures (selon votre connexion) pour que celui-ci soit updaté en version 2.0. Une option largement dispensable si on ne possède pas l'objet. Mais ce n'est pas tout, après cette longue attente où vous avez eu tout loisir de regarder une nouvelle niaiserie à la télévision, le jeu s'installera copieusement à hauteur 4,3Go. En somme, Heavy Rain nous bouffe à lui tout seul 5,5Go alors que la boite annonce un espace disque requis de 12Mo (soit 450 fois plus !!). De qui se moque-t'on ? Et croyez-moi, les loadings n'en sont pas plus courts puisqu'ils durent plusieurs secondes à chaque chapitre. Bref, une fois qu'on s'est bien fait envahir le disque dur (c'est raide si on possède un modèle 40Go), le jeu sera compatible avec le Move, ce qui rendra les QTEs un brin plus immersives.


Il n'empêche qu'en jouant en facile,
Les phases de jeu les plus banales servent à nous lier d'affection pour les personnages
le jeu est assez permissif car il faut se mettre en tête que nous sommes là pour vivre une aventure, plus qu'un simple jeu. Les développeurs ont donc volontairement simplifiés l'interface (qui s'intègre intelligemment à l'environnement) ainsi que la marge temporelle pour les exécuter. Et même si on les loupe, ce n'est pas le game-over pour autant, la séquence peut reprendre ou simplement continuer dans une autre direction. En somme Heavy Rain n'est pas là pour frustrer ses joueurs, ce qui était ma plus grande crainte surtout lorsqu'on les subit plus qu'il n'apporte au jeu (comme dans God of War). A part les QTEs, et bien il n'y a pas grand-chose à faire. Il faut dire que le titre se veut assez dirigiste et ce qui pourrait nous paraitre évident sur le moment (comme prendre le biberon du bébé et lui donner parce qu'il pleure) ne se déclenche qu'une fois que le jeu l'a décidé. C'est un choix mais j'aurai également apprécié qu'on puisse mener une investigation plus approfondie de chaque lieu, plutôt que de les survoler. Enfin, il ne reste plus que les déplacements à pied (les déplacements à voiture ou moto sont automatisés, dommage). Et c'est ici que la formule trouve son pire défaut car, toujours en vue d'offrir une expérience réaliste, les personnages se déplacent lourdement et avec une inertie parfois irritante. Comme si, lorsqu'on marche, il nous était impossible de nous arrêter net. Avec le stick gauche, on "incite" le personnage à suivre une direction lorsque la touche R2 lui intime d'avancer. Autant vous le dire, ce principe-là est nullissime, lourdaud, pataud et nuit justement à l'immersion puisqu'on a l'impression de contrôler un idiot à moitié bourré et qui ne comprend rien. Mais pourquoi Quantic Dream n'a pas tout simplement fait un contrôle via le stick gauche, comme dans tous les autres titres ? Sans doute pour paraitre plus original mais ce qui sied bien aux jeux de voitures, ne convient absolument pas à un être humain. Original oui, complètement à côté de la plaque non ! Heureusement que le rythme de l'aventure est assez lent (en fait tout réside dans l'ambiance) et lors des rares combats ou scènes un peu plus mouvementées, nous n'avons que des QTEs à réaliser.


Pour entrainer
L'histoire et la tournure que peuvent prendre les événements, sont résolument matures
le joueur toujours plus profondément de son histoire, Heavy Rain distille une bande-son composée par Normand Corbeil (un auteur canadien qui travaille généralement pour le cinéma) et qui est étonnamment bien calibrée. Certains passages, chargés en émotions, sont l'occasion d'entendre de petites mélopées au piano, à la fois envoutantes et si transparentes dans la douleur ou la joie du personnage. Ensuite les phases plus nerveuses sont admirablement soutenues par des sonorités plus adéquates, qui elles aussi se rapprochent des compositions d'un long métrage. Sans s'en rendre compte, on vit au rythme du personnage qu'on contrôle et on ressent presque sa peur. La bande-son est évidemment accompagnée de très bons bruitages (dans la plupart des cas) et d'un doublage très professionnel. Au rang des sommités on reconnait des pointures de la voxographie comme Emmanuel Jacomy (la voix française de Pierce Brosnan et Denzel Washington), la grande Françoise Cadol (qu'on ne présente plus), Bernard Gabay (la voix française de Robert Downey Jr) ou encore José Luccioni (dont la voix a été entendu dans un grand nombre de jeux comme DOOM 3, Gears of War, Mass Effect ou encore Metro 2033). Bref que du beau linge pour un doublage français d'une qualité étonnante, d'autant que les ramifications et le nombre hallucinant de dialogues que contient le jeu, dévoile clairement un travail de longue haleine pour tous ces acteurs. Mais tout n'est pas parfait. En effet, le jeu a été créé quasiment à 100% par motion-capture (pour les personnages), que ce soit pour les visages, les dialogues ou les mouvements corporels. Seulement dans l'optique de rendre son jeu international, tous les acteurs étaient étrangers (américains pour la plupart) et le doublage initial a donc été produit en anglais. En un sens on peut comprendre la démarche puisque les acteurs français sont ultra mauvais (même s'il y a pire… Bollywood vous dites ?) et que la France n'est qu'un petit territoire par rapport au reste du monde.


Il n'empêche que j'aurai
On est parfois subjugué par la maitrise technique de Quantic Dream mais...
vraiment pris plaisir à ce que tout soit "Made in France" et que le travail de doublage soit réalisé par les autres. Vous l'aurez compris, le doublage français a donc été travaillé en post-production et si la qualité est belle et bien là, la synchro est par contre oscillante. On sent que des efforts ont été consentis pour synchroniser au maximum les voix avec les lèvres mais souvent, il y a des décalages. C'est une petite déception pour ce studio français qui aurait pu privilégier son pays au détriment de l'international. C'est un point de vue que je défends mais les enjeux financiers ont souvent le dernier mot dans ce genre d'affaire et au final, un titre comme Mass Effect 2 possède un doublage mieux calibré et surtout synchro, alors que c'est un jeu américain. En digitalisant ses acteurs, Quantic Dream a cherché à créer une expérience émotionnelle en se basant sur la narration interactive et l'implication du joueur. Mais le résultat oscille, lui aussi. Tantôt on sera bluffé par une animation (comme la montée des marches, où la synchro marche/jambe est admirable et encore trop rare dans les jeux vidéos, même actuels), on trouvera que certains décors super bien faits, détaillés au maximum ou encore on restera subjugué par cette pluie battante qui sévit tout au long de l'aventure. A côté de ça, on sera également déçu de voir que certains détails n'ont pas du tout été peaufiné alors qu'ils sont au premier plan. Je pense notamment aux feuilles de papier qu'on jurerait dures comme du plexiglas, aux coupes de cheveux playmobil ou encore à ses actrices plus laides que les originales. C'est Jacqui Ainsley qui prête ses traits à Madison Paige et si ce mannequin anglais est une superbe femme, Madison est de son côté bien plus moche (niveau visage, car pour le corps, il n'y a rien à jeter). Le pire exemple reste Aurélie Bancilhon, qui prête ses traits à une Lauren Winter et elle la pauvre, est particulièrement moche ! Si l'actrice n'est pas un canon de beauté, on se demande quand même comment ils ont réussis à lui faire une telle ganache ! Seule Grace Mars (la femme d'Ethan), dont les traits sont calqués sur Ginnie Watson, reste assez mignonne, sinon les filles qu'on croise le plus souvent, sont simplement ratées !


Une belle déception
... certains détails font vraiment tâche, preuve d'un sacré manque de finitions, et les visages féminins sont simplement râtés. Ca ne rend pas hommage aux jolies modèles d'origine :(
quand on pense à Uncharted (sorti je le rappelle en 2007) où Elena Fisher est super mignonne, ou encore à Metal Gear Solid 4 où les Beauty & Beats sont plus belles que leurs modèles de chair. A croire que chez Quantic Dream, on aime faire les choses à l'envers. Finalement seuls les protagonistes masculins sont véritablement réussis (surtout le détective Shelby, dont le modèle, Sam Douglas, est très bien retranscrit). Maintenant question émotions, encore une fois il y a des hauts des bas. Malgré la motion-capture, les visages sont souvent figés, cireux ou vide de toute expression. Les cris, la douleur, la peine ne se lisent que trop peu dans les yeux de ces acteurs virtuels, au point qu'on peut penser que David Cage nous a raconté du vent avant la sortie du jeu. Tel un fanfaron de la vantardise, un peu comme Peter Moligneux et ses jeux qui n'arrivent qu'à la moitié de ses prétentions, l'homme nous a promis monts et merveilles et au final, on est loin d'obtenir ce que d'autres réussissent mieux que lui. Ça valait bien la peine de développer son jeu pendant presque 4 ans et de motion-capturer à tout va, si le résultat n'est pas à la hauteur. Pourtant je n'irai pas descendre Heavy Rain pour ça, car si les personnages sont avares en émotions faciales, le contexte lui, se rattrape bien. En effet, certaines scènes sont vraiment chargées de peine ou d'angoisse (comme ce père qui cherche désespérément son fils) et c'est là que le jeu nous fait ressentir ce que peu ne font qu'effleurer. Là pour le coup, le jeu marque beaucoup de points, en impliquant le joueur de façon morale et sentimentale. Et puis si les modélisations sont ratées pour les visages féminins, difficile de ne pas être bluffé par certaines scènes au cadrage très dynamique et aux animations extrêmement réalistes. Parfois même nous avons un multi-cadrage en plusieurs fenêtres, ce qui nous ramène à Fahrenheit et ou à la série 24 Heures Chrono.



Heavy Rain Note
est-il une déception ? Assurément pas ! Il est vrai que certains détails peuvent agacer et nous sortent de cette immersion pourtant si durement acquise, il est vrai que les déplacements sont horriblement confus, que les filles sont moches à pleurer, que les émotions ont du mal à être transmises par des visages manquant d'expressions, mais après ça, comment ne pas rester admiratif devant cette narration hypnotisante, cette histoire dramatique d'un père prêt à tout pour sauver son fils, cette réalisation qui (bien souvent) se veut bluffante de réalisme. Et c'est un peu la grande force du jeu : si on le prend pour ce qu'il est (à savoir une expérience vidéo-ludique, un film interactif, un thriller à vivre, à ressentir et non un jeu simple jeu vidéo), alors il vous forcera à aller toujours plus loin, à toujours vouloir en connaitre plus, à vous impliquer dans la tragédie qui s'est abattue sur cette ville éternellement pluvieuse. Avec plus d'implications, plus de peaufinage, on aurait pu crier au chef-d'œuvre absolu mais en l'état, c'est impossible. Pourtant Heavy Rain reste une expérience à part, une histoire qu'il faut vivre comme si nous même, nous étions à leur place. Et là croyez-moi, vous le trouverez grandiose.



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Test réalisé par Aquel & iiYama

octobre 2011